Nostalgi’Amiga (7)

Historique hystérique (Part two)

Comme on pouvait s’y attendre le prototype « Lorraine » est loin d’être finalisé, que ce soit au niveau matériel ou software. Mais là encore l’intuition et la petite touche de génie de l’équipe Amiga Inc leur fait créer une petite démonstration montrant les capacités de leur micro-ordinateur. Cette démo, nommée « Boing », est une animation montrant une balle colorée rebondissant dans un décor simpliste, projetant une ombre sur le sol et lâchant un « boing! » sonore à chaque rebond. En ces années préhistoriques l’effet est saisissant, et les machines disponibles dans le commerce (le Star Computer de Xerox à $17.000 ou le Lisa d’Apple à $10.000) sont totalement incapables de réaliser une telle prouesse.

Plusieurs grands groupes assistent à la présentation du « Lorraine » lors du CES, dont Sony, HP, Apple et Silicon Graphics, mais seul Atari et la société Commodore se montrent intéressés. Au terme d’enchères épiques, Commodore remporte la mise en proposant de racheter totalement la société Amiga Inc pour 24 millions de dollars.

Historique hystérique (Part two)

Comme on pouvait s’y attendre le prototype « Lorraine » est loin d’être finalisé, que ce soit au niveau matériel ou software. Mais là encore l’intuition et la petite touche de génie de l’équipe Amiga Inc leur fait créer une petite démonstration montrant les capacités de leur micro-ordinateur. Cette démo, nommée « Boing », est une animation montrant une balle colorée rebondissant dans un décor simpliste, projetant une ombre sur le sol et lâchant un « boing! » sonore à chaque rebond. En ces années préhistoriques l’effet est saisissant, et les machines disponibles dans le commerce (le Star Computer de Xerox à $17.000 ou le Lisa d’Apple à $10.000) sont totalement incapables de réaliser une telle prouesse.

Plusieurs grands groupes assistent à la présentation du « Lorraine » lors du CES, dont Sony, HP, Apple et Silicon Graphics, mais seul Atari et la société Commodore se montrent intéressés. Au terme d’enchères épiques, Commodore remporte la mise en proposant de racheter totalement la société Amiga Inc pour 24 millions de dollars.

Commodore, fondée en 1955 par Jack Tramiel, fabriquait des machines à écrire avant de produire des calculatrices dans les années 60. En 76 Tramiel se lance dans l’informatique personnelle avec le PET puis le Vic 20. Ce n’est qu’à partir de 1982 que Commodore réalise son premier coup de maître : le Commodore 64. La machine connaîtra un succès croissant (au final plus de 22 millions de C64 se sont vendus dans le monde).
Fin 83 Jack Tramiel quitte avec perte et fracas la société qu’il a créé pour rejoindre… Atari ! Plus exactement Tramiel et plusieurs ex-ingénieurs de Commodore rachète la division « Informatique » d’Atari, que Warner cède facilement après le crash du marché vidéoludique.
Cet épisode explique la compétition féroce qui va s’engager entre Commodore et Atari durant la seconde moitié des années 80, avec un Jack Tramiel bien décidé à battre son ancienne compagnie sur le marché des micro-ordinateurs.

Commodore ayant acquis Amiga Inc, Jay Miner et sa bande respirent. Financièrement à l’abri, ils peaufinent plus tranquillement leur oeuvre.
Trop tranquillement sans doute, puisque l’équipe responsable du système d’exploitation, le CAOS pour Commodore Amiga Operating System (on n’est pas loin du CHAOS ;-), prend ses aises et ne tient plus les délais. Un groupe d’étudiants de l’Université de Cambridge est appelé à la rescousse et adapte son « TripOS » qui devient AmigaOS pour intégrer la version finale du projet. Projet qui tout naturellement prend le nom définitif d’Amiga.

Début 1985 l’Amiga 1000 fait son entrée officielle devant tous les employés de Commodore et quelques journalistes. Lors d’une soirée dans le grand théatre de la ville on présente la bête dans un show Sons et Lumières : des photos en 4096 couleurs et en 640×400, un traitement de texte, plusieurs démos animées, le tout tournant simultanément en multitâche sur la bécane. Un concerto au piano entièrement joué par l’Amiga 1000 s’ensuit, puis la machine fait un bref speech d’une voix monocorde, d’abord masculine puis féminine. On présente ensuite un émulateur d’IBM PC faisant tourner le tableur Lotus.

Le clou du spectacle fait intervenir Andy Warhol, célèbre Pape de la Pop-Culture (selon la formule consacrée), et Debbie Harry, chanteuse du groupe Blondie, montant sur scène pour une séquence artistique ultime. Le visage de la jolie Debbie apparait sur l’écran de l’Amiga 1000, capté par une caméra et digitalisé en monochrome. Andy utilise alors un logiciel de dessin, ProPaint (alors encore au stade de développement), pour colorier à sa manière le portrait. Une animation montrant une ballerine dansante conclut le show en apothéose.
Succès total, ne reste plus qu’à prévenir le reste du monde.

Opération
Lors d’une Demo-Party en Suède, on dissèque un propriétaire de PC.

Lors d'une Demo-Party en Suède, on dissèque un propriétaire de PC

Lors d’une Demo-Party en Suède, on dissèque un propriétaire de PC


La date de lancement de l’Amiga 1000 est fixée au mois d’Août 85, au prix de $1500 (le Macintosh de l’époque coûtait $1000 de plus). Malheureusement plusieurs facteurs vont grandement mettre en danger le sort de l’Amiga. La production de la machine d’abord, concurrencée par son petit frère le C64, alors en plein essort mais faisant face à une rude guerre commerciale obligeant à couper largement son prix de vente. Atari, surtout, avec Jack Tramiel qui a dégainé son « Atari ST », surgi de nulle part et concurrent surprise -et très efficace- de l’Amiga.

En octobre 85 seule une cinquantaine d’Amiga 1000 sont sortis des usines, et aucun n’est disponible pour le public (tous sont réservés par Commodore pour faire du développement et des présentations !). Lorsque les Amiga 1000 débarquent dans les magasins fin novembre les achats des fêtes de Noël sont déjà bien entamés, Commodore loupe cette période cruciale.
De plus la machine manque cruellement d’applications, et pour comble de maladresse le marketing tente de vendre l’Amiga comme l’a fait Apple avec son Mac un an auparavent (la célébrissime pub parodiant « 1984 »), faisant passer l’Amiga pour une copie arrivant trop tard.

Coincé financièrement par le rachat d’Amiga Inc Commodore ne peut participer aux grands Salons électroniques l’année suivante, tels que le CES ou le COMDEX. Cette absence est remarquée, et si on ajoute les excellentes ventes de l’Atari ST, plus une certaine instabilité de l’Amiga 1000 causant des « Guru Meditation » à répétition chez les utilisateurs, la coupe est pleine.
Mais le coup de grâce intervient un peu plus tard. Un message caché par un ingénieur dans la ROM des Amiga 1000 livrés en Europe (« Amiga: born a champion. We made the Amiga, they fucked it up. ») oblige les responsables de Commodore UK à rappeler plusieurs dizaines de milliers de machine pour éliminer le message « offensant » (« Amiga: né champion. Nous l’avons créé, ils l’ont niqué » !). Le management décide alors une reprise en main de ses troupes en imposant une restructuration globale de Commodore.

Cette dernière « plaisanterie » marque le départ de Jay Miner et de quelques autres des « gourous » créateurs de l’Amiga. Tous resteront cependant proche de leur machine, les uns développant des applications, d’autres des périphériques.
Un nouveau président est nommé à la tête de Commodore dès février 1986. Thomas Rattigan prend des décisions radicales mais indispensables à l’avenir de Commodore: plans de licenciements, arrêt des vieilles lignes de produits (PET et Vic 20) et des projets jugés inadéquates (le Commodore-16 et le Commodore 900 Unix).
Rattigan a une vision claire pour la gamme de produit Amiga: créer un modèle « de base », peu cher, destiné à remplacer le C64 dans les foyers et un modèle « luxe » pour les hommes d’affaires et les artistes. L’Amiga 500 et l’Amiga 2000. Fin 86 Commodore n’est plus dans la zone rouge, et l’avenir semble prometteur.

Cependant durant le printemps 87 Thomas Rattigan est éjecté du jour au lendemain de Commodore, à la suite d’un audit commandé par l’un des membres du conseil d’administration de la société, Irving Gould. On reproche notamment au président des délais non tenus dans la préparation de l’A500 et de l’A2000. Et ainsi un matin une armée de gardes de sécurité et d’avocats empêche Rattigan d’accéder à son bureau. C’est ce qu’on appelle un pur licenciement à l’américaine.

Mais qu’importe puisque quelques mois plus tard sort l’Amiga 500, un vrai micro-ordinateur de création, abordable, « multimédia » dix ans avant le PC, qui allait faire naître une génération de Coders, Graphistes, Musiciens et Gamers de par le monde.

Nota bene hyper important :
Les délicieuses et croustillantes anecdotes relatées dans ce chapitre proviennent d’un site anglais ayant publié une série d’articles sur le sujet qui nous intéresse ici. Les amateurs sachant lire l’anglais auront donc la joie de lire les textes originaux dont l’auteur s’est fortement inspiré pour écrire ce chapitre: http://arstechnica.com/articles/culture/a-history-of-the-amiga-part-1.ars
L’auteur rappelle par ailleurs qu’il n’a demandé aucune autorisation pour réinterpréter à sa sauce et en français les informations délivrées dans l’article original. Mais diantre! après tout, Fuck la Propriété Intellectuelle !
Voila, c’est dit.

A suivre…

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