Nostalgi’Amiga (3)

Avec le temps, va.

L’évènement se doit d’être dignement fêté. On hésite un instant entre le salto arrière et le triple lutz, avant de se souvenir que notre condition physique nous interdit tout mouvement brutal inconsidéré. On se contente donc d’un sourire béat accroché à notre face de mécréant, accompagné d’un filet de bave au coin des lèvres. Cinq minutes passent, durant lesquelles on fixe l’écran, immobile, les gouttes de salive faisant « plic-ploc » sur le parquet.

Une pulsion lointaine nous sort bientôt de notre léthargie. Des automatismes d’une époque révolue remontent lentement à la surface de nos souvenirs. Une disquette, tête d’enclume, rien qu’une. L’Amiga cri famine, son lecteur réclame pitance d’une manière presque indécente, la fente grande ouverte. Il faut bien s’y résoudre, pour récupérer les munitions un nouveau raid dans le grenier s’impose.

On passe une pile de vieux magazines « Tilt » pour faire face à deux énormes boitiers gris-noir, opaques et hermétiquement clos. A vue d’œil chacun contient deux cents disquettes. Inscrit malhabilement au feutre mauve baveux on peut lire sur le premier « FLOPPY AMIGA 1 », sur le second un simple « 2 ». Un petit tas de CD « AMINET » siège fièrement au sommet des deux coffrets. Nos bras avides saisissent le tout et l’on sort du cagibi une nouvelle fois victorieux, et poussiéreux.

Avec le temps, va.

L’évènement se doit d’être dignement fêté. On hésite un instant entre le salto arrière et le triple lutz, avant de se souvenir que notre condition physique nous interdit tout mouvement brutal inconsidéré. On se contente donc d’un sourire béat accroché à notre face de mécréant, accompagné d’un filet de bave au coin des lèvres. Cinq minutes passent, durant lesquelles on fixe l’écran, immobile, les gouttes de salive faisant « plic-ploc » sur le parquet.

Une pulsion lointaine nous sort bientôt de notre léthargie. Des automatismes d’une époque révolue remontent lentement à la surface de nos souvenirs. Une disquette, tête d’enclume, rien qu’une. L’Amiga cri famine, son lecteur réclame pitance d’une manière presque indécente, la fente grande ouverte. Il faut bien s’y résoudre, pour récupérer les munitions un nouveau raid dans le grenier s’impose.

On passe une pile de vieux magazines « Tilt » pour faire face à deux énormes boitiers gris-noir, opaques et hermétiquement clos. A vue d’œil chacun contient deux cents disquettes. Inscrit malhabilement au feutre mauve baveux on peut lire sur le premier « FLOPPY AMIGA 1 », sur le second un simple « 2 ». Un petit tas de CD « AMINET » siège fièrement au sommet des deux coffrets. Nos bras avides saisissent le tout et l’on sort du cagibi une nouvelle fois victorieux, et poussiéreux.

D’un geste assuré on entrouvre le premier petit sarcophage. Une odeur de tombeau égyptien envahit l’espace, ça sent la momie -qui a dit mamie ?-. Lentement on fait coulisser le support pour libérer l’ensemble des disquettes, alignées comme des soldats à la parade figés pour l’éternité. On commence à parcourir d’un index expert les étiquettes des floppies, de plus en plus vite. La valse des souvenirs recommence. Chaque nom évoque une anecdote. « Shadow of the beast », le choc visuel lorsqu’on en vit tourner la démo dans un magasin alors qu’on ne possédait qu’un Atari 520 ST. « Les voyageurs du temps », le souffle épique de l’Aventure made in France, « Xenon 2: Megablast » dont la musique boombastique revient instantanément claquer à nos esgourdes.

Un peu plus loin dans la section « Utils » de la boîte à trésors on stoppe net en lisant l’inscription manuscrite sur une petite disquette bleue. On déchiffre des hiéroglyphes la mention « Work Disk 8 », c’est assurément l’objet de notre quête en cours. Waow, une compilation d’utilitaires faite maison. Après une rapide inspection la chose est promptement introduite dans le lecteur de l’Amiga, qui l’avale goulûment. On jurerait avoir entendu un bruissement de plaisir s’échapper de la machine.

Egypte AmigaDOS
Scène d’époque: mise au point de l’AmigaDOS, le système d’exploitation de l’Amiga.

Immédiatement un écran de boot flashe pendant une seconde : « – Work Disk by Zox -« . Notre vieux pseudo de trois caractères, conçu à l’époque pour entrer dans les tableaux de high-scores des bornes d’arcade. Il est bientôt suivi d’un menu textuel listant les programmes présents, avec leur touche de fonction correspondante pour les lancer. Y’a pas à dire, on savait faire simple et efficace. Pas moins d’une douzaine d’utilitaires sont accessibles, des logiciels de copie dont les noms font froid dans le dos (X-Copy, D-Copy), des explorateurs de fichiers aux titres ronflants (Directory Opus, FileMaster), des éditeurs de textes, et d’autres exécutables plus obscurs.

On s’aventure à presser la touche F1, rien que pour voir l’effet produit. Quelques mouvements de tête de lecture plus tard, une magnifique interface en huit couleurs surgit avec un rutilant logo imitation plaqué-or. Mentalement on tente de calculer le nombre d’heures qu’on passa à contempler ce menu servant à la copie de disquettes, montrant principalement une grille de deux fois 80 cases qui se remplissaient de petites croix rouges et jaunes. Le résultat obtenu nous fiche le tournis. Damned.
On quitte le programme pour lancer tous les autres, un par un, frénétiquement.

Une fois passée l’orgie, les yeux embués de larmes de bonheur, une nouvelle lubie prend forme dans notre cerveau malade. Il nous faut retrouver notre best-of des meilleurs Trackers Amiga, ces logiciels de création de modules musicaux. On pourra alors, espoir sublime, réécouter nos vieilles musiques 4-pistes réalisées au début des 90’s, lorsqu’on se prenait pour Jean-Michel Jarre.

On trouve sans difficulté la disquette, labellisée « Musician Work Disk » (on notera au passage une maitrise parfaite par l’auteur de la langue angliche). Même menu dépouillé mais clair, mêmes flashbacks attaquant la zone nostalgie de notre matière grise. Protracker, Oktalizer, OctaMED, accompagnés de quelques programmes pour ripper des samples. Instinctivement on décide de charger Protracker, probablement l’un des plus célèbres du lot.

On saute littéralement sur le second boitier-aux-deux-cents-floppies, celui dont le mystérieux chiffre « 2 » cerclé inscrit au marqueur nous intrigue autant que la question « What is the Matrix ? » en son temps. Le premier coffret était dédié aux jeux et aux utilitaires, le second est plus extraordinaire encore. A l’intérieur on découvre, soigneusement classées par année, une enfilade de démos mythiques dont les titres sont déjà tout un programme : Follow Me, Mental Hangover, Hardwired, How to skin a cat, Terminal Fuckup, State of the Art… Des images, des sons, une vibration naît, qu’on n’avait pas ressenti depuis des lustres. A la toute fin du support, comme presque cachée, une section anonyme attire notre attention. Une trentaine de disquettes sont là, elles sont numérotées, sobrement intitulées « Zox MODS ».
« Nom de Dieu de bordel à cul de pompe à merde, se dit-on ex-abrupto -car on est parfois un brin vulgaire-, mes modules ! »

On en saisit une pleine poignée, les poils des avant-bras dressés par l’émotion. On insère « Zox MODS 1 » dans le lecteur. Aussitôt un bruit strident de frottement de plastique et de métal nous agresse les tympans. Comme une roue de charrue mal huilée, un ongle passant lentement sur un tableau noir, ou pire, Mariah Carey qui chante.

C’est le drame, la petite floppy est illisible. Un long hululement déchire le silence de ce morne dimanche.

A suivre…

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