La nostalgie, camarade.

studio1.JPGRamburger, quel drôle de nom. Inconnu pour l’immense majorité de l’humanité toute entière. Et pour cause, il s’agit d’une émission hebdomadaire diffusée sur une radio locale en Sarthe, au vingtième siècle. Plus précisément à partir de 1985 et pendant près de 10 ans.

Ramburger, le magazine Radio des Jeux Vidéo. On y parlait avec enthousiasme et dans l’amateurisme le plus débridé de toute l’actualité vidéoludique, en des temps reculés où l’on causait cassette, disquette et cartouche, où nos machines claironnaient fièrement leur nombre de Bit (8, 16, puis 32), où le top de la branchitude consistait à fréquenter le 3614 RTEL.

Pour ma part l’histoire commença à peu près comme cela.
J’étais vieux lycéen vers la fin des années 80, et lorsqu’un soir dans mon pucier je chevauchais la bande FM à la recherche de quelque fond sonore, je stoppais net en entendant un joyeux bordel. C’était Ramburger, « l’émission qui ne vous brouille pas l’écoute ». On y parlait l’Atari et l’Amiga, deux langues familières à mes esgourdes. Les animateurs déconnaient à plein tube tout en portant un regard décalé sur l’actu vidéoludique, entre deux pauses musicales classieuses de Prince ou de Depeche Mode. J’en devins immédiatement fidèle auditeur.
Quelques mois passaient avant que je ne me décide à prendre mon courage à deux mains (et un stylo, aussi). J’envoyais une bafouille maladroite mais suffisamment convaincante pour obtenir une place au sein de l’émission et dès le lundi suivant je me voyais propulsé à l’antenne, en direct-live, suant à grosses gouttes sous mon casque audio et me cramponnant fébrilement à mon micro.

studio2.JPGWe were Geeks (*).

Geeks déjà, oui, mais Geeks offline. Nous étions des aventuriers du Hardcore Gaming sur floppies. A chaque début de mois nous faisions provision de magazines dédiés à notre passion, Tilt, Hebdogiciel ou Génération 4. C’était notre seule source d’info en dehors des dossiers de presse lissés et bonimentés. Pas de vidéos HD, pas de démos à télécharger, juste quelques photos sur papier et l’avis du journaliste.
Alors pour les jeux qu’il nous fallait tester on avait recours au système D. Parfois on se démerdait pour en voir un bout dans une boutique spécialisée, ou on recueillait l’avis des potes dans la cour du lycée, plus rarement on achetait le jeu (sinon, comme tout le monde, on recourait aux services de nos amis flibustiers). Le reste du temps on effectuait une synthèse des tests lus dans les magazines. Nous étions, en quelque sorte, les pionniers du « metacritic » 😉

Bouffe.JPGNous avions beau avoir une audience confidentielle, aucune formation professionnelle et des moyens financiers très limités, notre ardeur post-juvénile -notre inconscience, si vous préférez- nous poussa à l’assaut de la capitale et des éditeurs français à la mode (Delphine software, Loriciel, Core Design, etc). Dans les salons français de Videogaming on parvint à interviewer des attachées de presse et des célébrités de l’époque (Jean-michel Blottière !), selon une méthode pointue et très technique : à l’arrache.
Dans les locaux de la radio on organisa des concours en live avec nos auditeurs, à base de quiz débiles et de high-scores sur des jeux bien nazes (« Motorhead », dans lequel les vieux hardrockeurs liquéfiaient des rappeurs en leur gerbant dessus). Et, parce que Ramburger passait en début de soirée et qu’on avait parfois le ventre vide, on décida de faire un repas complet pendant l’émission. Une choucroute, bien sûr, pour rester dans notre style fin et délicat.

C’était, selon la formule consacrée, la folie dans les studios.

(*) Nous étions des personnes hautement intéressées par tout ce qui touche de près ou de loin aux technologies et sciences liées à l’informatique personnelle et plus particulièrement aux loisirs sur supports digitaux communément désignés par le terme « Jeux vidéo ».

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